Moi : Je t'avais dis de ne pas m'attendre !
Je pose ma veste sur le porte-manteau et déchausses mes hautes bottes hivernales avant d'entrer dans le living sous son regard coléreux
Devon : Tout est refroidit maintenant !
Moi : Ce n'est rien, j'vais le réchauffer
Il murmure encore des bribes de paroles auxquelles je ne prête aucune attention, pendant ce temps, j'en profite pour placer le plat au four à micro ondes avant d'aller aux toilettes. J'attache ma longue chevelure et retient mes mèches à l'aide d'un serre-tête, pour me laver la figure épuisé par cette longue journée de travail, il entre comme toujours à l'improviste en haussant le ton
Devon : 'Manu ! Encore une soirée comme ça et je te quitte !
Je passe à coté de lui en lui bousculant l'épaule et me précipite dans la cuisine pour prendre mon repas déjà près. Il me poursuit dois-je préciser « Comme d'habitude » me ressortant encore et toujours le même discours depuis des mois. Je ne l'écoute pas, ou devrais-je dire « Je ne l'écoute plus », ces mots ne procurent plus aucun effet en moi. Je ne sais pas expliquer ce qui a pu me séduire en lui, Devon a du charme, il est responsable, lucide et attentionné. Il y a peu, les choses se passaient encore bien entre nous mais sa possessivité et sa jalousie ont pris le dessus dans notre relation me pourrissant l'existence, cependant j'ai besoin de lui. Je ne sais expliquer pourquoi. Petite, je rêvais de rencontrer un prince qui viendrait me délivrer d'un dragon, et nous partirions sur son cheval blanc dans un pays merveilleux. J'ai depuis longtemps compris que Devon n'est pas mon prince délivreur de dragon. Peut-être est-ce lui le dragon et mon prince ne tardera pas à me délivrer ... J'en suis persuadé.
Devon : ... et je laisserais
Moi : ... mes valises à l'entrée pour que je parte pour de bon !
Devon : Tu t'en contre-fiche pas vrai ?!
Moi : Mais bien sur Deve, tout le monde s'en fou !
Je renverse les restes de ce repas infect dans la poubelle et range l'assiette dans le lave-vaisselle.
Devon : Regardes ce que tu deviens : un squelette !
Moi : Bonne nuit !
Je l'embrasse rapidement et pars m'enfermer dans notre chambre pour me changer, une fois en pyjama, je me brosse les dents et m'allonge dans le lit pour m'endormir très vite, comme toutes les nuits ... Les larmes coulent sur mes joues, rituel du soir, évacuation des tensions, petites phrases motivante, il me rejoint et me prend dans ses bras pour sombrer dans le même sommeil que moi. Je me roule c½ur en boule et ventre vide pour encore cauchemarder sur ce qu'aurait pu être ma vie si je ne l'avais pas rencontré, Lui.
Les roucoulements des pigeons me réveille, j'ouvre un ½il, puis l'autre et m'étire lentement. La place est vide à coté de moi, il est encore partit. Je me prépare rapidement sans prendre la peine de lire le message qu'il a inscrit pour moi sur le frigo et prend une pomme en guise de petit déjeuner. Direction le théâtre, oui j'ai décidé de laisser les plateaux de tournages pendant quelques temps pour faire autre chose et depuis peu je suis dans une troupe de théâtre. Je joue pour être précis dans « Speed The Plow », je tiens le rôle d'une petite starlette, un rôle tenu il y a vingt ans par Madona. C'est assez stressant mais pas déplaisant, au contraire. On ne s'en rend pas compte mais c'est une rude discipline qui demande beaucoup de rigueur, de sérieux et surtout de patience ! Je m'entends très bien avec les comédiens et ça fait du bien de quitter un peu le monde des caméras pour rencontrer le public. Aujourd'hui, c'est notre dernière répétition avant les représentations, on va partir en bus dans un peu près tout le pays pour jouer. J'ai déjà hâte de partir, pouvoir quitter ce monde citadin et vivre tranquillement sans Devon à mes trousses. J'arrive au lieu de rendez-vous, il n'y a encore personne. Je m'assieds sur un banc et attends qu'ils arrivent. Règle numéro une : Toujours être à l'heure, pourtant je n'ai jamais vu autant de personnes en retard depuis que je travaille ! Mais j'aime ce coté un peu frivole et sans lendemain, j'aimerais tellement ne pas avoir à me soucier de ce qu'il adviendra de mon existence mais je sens que malgré mes efforts, je n'arriverais sans doute jamais à adopter cette attitude. Cela ne m'empêche pas de dégager un bon feeling avec l'équipe et de travailler dans la bonne humeur ! Je vous passe les détails de cette journée classique, nous avons répétés nos scènes, réglé l'éclairage le seule changement fut le rangement des costumes et décors dans le bus en préparation pour la grande première. Le stresse monte un peu autour de nous, j'ai peur de me planter, c'est la toute première fois pour moi !
Rick : Tu as peur ?
Moi : Oh ouais !
Rick : (sourire) Ca va bien se passer tu vas voir !
Moi : Croisons les doigts !
Il s'en va pour déplacer la dernière caisse dans le camion, je vérifie si tout est en ordre dans les loges, prends mon sac, et sort rejoindre les autres.
Olga : Réveillé ?
Moi : Je ne t'avais pas dis de partir ?
Olga : Si mais ...
Moi : Y a pas de « Mais », une nuit c'est une nuit, maintenant dégage !
Elle prend ses affaires en pleurant et en me lançant des injures, je n'y prête pas attention et attend avec impatience qu'elle s'en aille. La porte claquée, je me lève et part me doucher. La tête sous le jet d'eau je ne peux m'empêcher de penser à elle, depuis trois putain d'années je ne fais que ça, me demander si j'ai fais le bon choix en la laissant ? Si elle n'est pas malheureuse dans les bras de ce con ? Si je ne devrais pas foncer la chercher ? Si elle pense tout simplement autant à moi que moi à elle ? Qu'est ce que j'ai pu être con ! Je me le répète chaque matin et pourtant à ce moment là, ça m'a semblé être la meilleure solution. Rituel du matin finit, je m'habille rapidement, pas le temps de réfléchir, un programme nous attends déjà. En sortant, je vois mon frère consoler cette Olga, je souris discrètement en me disant que c'est un homme bon celui là, il me lance un petit regard désespéré, je sais très bien ce qu'il pense de mon attitude et à quel point ça l'énerve que je change chaque soir de fille dans mon lit. Je sais bien aussi que de nous deux il ira surement plus loin sentimentalement parlant, la liste de bonne résolution ne se remplira pas de mon coté, pas cette année en tout cas, il parait qu'on ne change pas ... Elle s'en va sans plus attendre en me voyant m'avancer.
Bill : T'es con Tom !
Moi : Bien le bonjour très chère frère !
Bill : Ouais bonjour !
Je descends prendre mon petit déjeuner, allume la radio, vols pour New-York annulés pour cause de tempête de neige, les routes sont bloqués dans le pays voilà ce qu'annonce l'animateur, je repense tout de suite à elle, il entre dans la pièce et éteins la radio
Bill : Ca ne la ramènera pas et tu le sais
Je n'ai pas le courage d'achever mon bol de céréale, je laisse tout sur la table et part affronter cette journée. Préparation de l'album, le quatrième, pleins d'idées germent mais il faut tout mettre en musique, ça prend un temps fou, Bill n'est jamais content, surtout depuis qu'il s'est fait opérer, on a dut un peu changer de style pour qu'il puisse s'adapter, ça nous rend pas la tache facile...
Bill : Les gars vous comprenez quand on vous parle ?
Georg : Je te répète juste que ce que tu demande est impossible !
Bill : Tu ne vas pas me dire que le jouer plus rapidement c'est impossible !?
Georg : Bah fais-le et puis on verra !
Moi : Moi j'dis : une pause s'impose !
Je ris à mon petit jeu de mot que personne ne semble avoir compris et reprend mon sérieux
Moi : Vous êtes tous sur les nerfs, faut qu'on recharge un peu les batteries là !
Bill sort en claquant la porte, j'sens qu'on va encore bien terminer cette journée ! Le portable de Georg sonne, c'est Sarah, leur fille Félycia est malade depuis peu alors elle tient à l'informer du moindre changement...
Georg : Ouais, embrasses-la pour moi, bisous, moi aussi, heu je ne sais pas, Bill est déjà énervé ... Ouais, à ce soir !
Il raccroche, je prends un ice thea et m'installe sur le fauteuil en buvant tranquillement ma boisson, journée de merde, journée un peu classique, j'ai envie de dormir, j'ai envie de parler à quelqu'un, j'ai envie d'être avec elle ...
Devon : Ca ne te fais pas de mal de le faire !
Je soupire, lassée de sa paresse, lassée de lui, lassée de se « Nous » qui s'effiloche au fil des jours. J'ai envie de tout balancer par la fenêtre et de sauter à mon tour ! Je pose l'éponge quelques minutes, calme ma respiration, reprends mon sang froid et frotte à nouveau. Il s'assied sur la chaise de la cuisine et me regarde à l'½uvre, l'envie de lui planter un objet tranchant dans les yeux me prends mais j'oublie cette idée et joue l'indifférente. Il vient se mettre dans mon dos, pose sa main sur mes fesses, je me retourne et le regarde en colère
Moi : Arrête ça immédiatement !
Devon : Pourquoi ?
Moi : Je ne plaisante pas !
Devon : Moi non plus !
Grâce au ciel, la sonnerie de mon portable me sauve de ce moment plus qu'embarrassant. Je le bouscule sauvagement et saisit l'appareil
Moi : Oui ?
... : EMMA !
J'écarte un peu le combiné de mon oreille, surprise par ce cri
Moi : Sarah ?! Que se passe-t-il ?
Sarah : Il faut absolument que tu viennes !
Moi : Bon calmes-toi et expliques-moi ce qui se passe !
Il était bien entendu inutile de préciser «Calmement » dans le vocabulaire d'une Sarah paniquée ce mot ne veut rien signifier. Elle m'explique en larmes que Félycia est de plus en plus fiévreuse et qu'elle est à l'hôpital, que pleins de bébés souffrent du même syndrome et qu'il faut...
Sarah : ... absolument que tu viennes !
Moi : Mais Sarah, je débute ma tournée, je ne peux pas venir et les vols sont annulés !
J'ai l'impression que mon oreille est trempée tant elle pleure. Etant marraine de la petite je me dois d'être présente mais je ne peux tout de même pas tout annulé ! Je la rassure en lui disant calmement que je ferai de mon possible pour venir. Elle raccroche toujours aussi bouleversée. Je repose le portable sur la table, épuisée par cette conversation. Affrontement avec Devon, bombardement de question, Seigneur aidé-moi ! Je m'assieds ayant l'impression de prendre dix ans d'un coup.
Devon ; Mais vas-tu me répondre ?!
Moi : Laisses-moi deux minutes !
Devon : Tu me demande de te laisser ?
Moi : Roh ! Tu ne rends jamais les choses faciles ! Je dois reprendre mes esprits ! Reviens dans deux minutes !
Il sort agacé, je me permets de souffler : Enfin ! Les pieds ballant, je ne sais où donner de la tête et que faire en premier lieu. Je tente de réfléchir de façon posée mais mes neurones s'agitent tellement dans ma tête qu'il m'est impossible d'effectuer le moindre effort intellectuel ! Il revient, j'avais dis deux minutes non ? Ce mec est invivable !
Devon : Alors ?
Moi : Félycia est malade, Sarah a besoin de mon soutien
Devon : (ironiquement) Ah Sarah à besoin de toi !
Moi : Oui, arrête de parler sur ce ton
Devon : Ne me donne pas d'ordres !
Moi : Devon ! Quand donc apprendras-tu à être compréhensif ?
Devon : Quand les gens arrêteront de te manipuler !
Moi : Mais personne ne me manipule !
Devon : Combien de fois as-tu été en Allemagne soutenir tes amis cette année ?
Mes poings se déssèrent mais ma colère voltige encore dans la pièce, il prend un air serein et me regarde avec des yeux doux, j'ai presque envie de vomir en le voyant aussi hypocrite ! Je m'arrête net dans la pièce, fronce les sourcils et finit par me demander si tout compte fait, il n'a pas raison...
BISOUS !


